La vie dans l’archipel corporatif nous amène à chercher la clarté froide de la communication au détriment des sous-entendus de la conversation, dans un épanchement qui se veut démystifiant mais qui finit par s’avérer désacralisant.

Aux effleurements de la métaphore, on substitue les piochements des comparaisons tabulaires, à la fluidité du style, le confort grisâtre des conventions, aux méandres interprétatives, le droit chemin prescriptif, aux allusions lointaines, la boucherie de la segmentation analytique. C’est ainsi qu’on se perd dans un océan de lieux communs, car le style, Buffon le dit très bien, c’est l’homme même, et l’abandon du style, c’est l’abandon de soi. L’homme n’est un individu que dans l’élocution de son discours. En l’absence du style, on est réduit à l’anonymat que nous réserve « la commune langagière », car les mots, on les partage, mais le style demeure toujours propriété privée.

Dans ces ambitions universalistes, censées appuyer la marche glorieuse de la mondialisation, la langue corporative est devenue une langue monochrome que la logique productiviste a transformée en parfait instrument d’endoctrinement des petits soldats de la profitabilité que sont les gestionnaires de tout et de rien.

Les théoriciens du managérialisme ont compris il y a longtemps que les meilleurs pions du jeu d’auto-exploitation sont les soldats avec un titre, les caporaux de ce monde qui se découvrent quasi-automatiquement les plus grandes disponibilités à l’obéissance aveugle aussitôt qu’on les investit du “noble fardeaux” de la supervision de leurs pairs afin de les soustraire à toute tentation à la solidarité.

C’est ainsi qu’on est rendu à une grotesque inflation des bas titres, une sorte de pseudo-aristocratie de l’asservissement qui rend possible l’identification, par des pauvres malheureux, à leurs fonctions de service complètement désinvesties de sens, mais regorgeant d’auto-suffisance.

Dans ce bas monde de l’insignifiance où toute lutte est une lutte pour la survie, ce qui importe au dessus de tout, c’est de ne pas être le dernier maillon de la chaîne alimentaire.

Dans ce bas monde de l’obéissance servile, la stratégie gagnante est celle de la conformité absolue, de la non-distinction exemplaire au sein du troupeau. Le mot d’ordre est de ne pas être en queue de peloton où les loups de la misère nous attendent pour enfoncer leurs crocs dans la tendre chair de nos angoisses. Sur le front organisationnel, comme à la guerre, tout ce qui compte c’est de ne pas être de la chair à canon. A

lors les titres de superviseur, de gestionnaire, de chef de quelqu’un ou de quelque chose sont là pour nous aider à mieux creuser les tranchées de la lâcheté dans laquelle baigne l’esprit de l’homme organisationnel qui n’existe plus en tant qu’individu, mais seulement en tant que fonction.

L’homme organisationnel remplit une fonction et cette fonction, quelle qu’elle soit, le remplit à son tour, lui épargnant l’effort devenu trop grand de se donner une identité propre, de préserver une dignité. Au tréfonds de la hiérarchie corporative, la seule certitude que l’on peut chercher, en regardant vers le haut, est celle de la conformité à l’ensemble de gestes et de paroles prédéterminés auxquels nous limite le titre de notre poste.


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